Historique des grandes orgues de la Cathédrale de Chambéry

Cet orgue a été construit par le facteur d’orgues Augustin Zeiger dans les années 1847. C’est lui-­même qui le fit entendre pour la première fois le jour de la Saint François de Sales au mois de janvier de cette même année. « Il neigeait, et de l’extérieur, on entendait les beaux accords harmonieux du tout nouvel instrument».

Quelques mois plus tard, il inaugure lui-même son orgue au cours d’un grand concert. Il joua moultes pastorales, orages, processions, Fins du Monde et marches  solennelles… de sa composition.

Augustin Zeiger, d’origine alsacienne, se référait aux principes du théoricien allemand Töpfer. Celui-­ci calculait, entre autres, les diamètres des tuyaux de manière à enrichir le médium, région sonore plus facilement perceptible. La conception musicale de Zeiger est cependant bien inscrite dans le style romantique pratiqué par les autres facteurs de son temps, notamment les frères Callinet dont la tuyauterie de certains jeux s’apparente beaucoup à la sienne. En cela, l’orgue d’Augustin Zeiger diffère très nettement des instruments d’Aristide Cavaillé-Coll.

Augustin Zeiger, comme beaucoup d’artisans du XIXème siècle, n’était pas en peine d’inventions : levier démultiplicateur pour le décollement des soupapes, voix humaine modulable, boîte expressive complexe…Aucune de ces inventions ne fut couronnée d’un réel succès.

A Chambéry, en 1848, Augustin agrandit l’orgue de la Cathédrale par l’adjonction d’un gigantesque positif de dos. Une vingtaine d’années plus tard, son neveu Auguste restaure l’instrument en apportant d’importantes modifications. Puis, en 1895, le célèbre facteur lyonnais Charles Michel Merklin le restaure à nouveau en le dotant d’une machine pneumatique Barker pour palier la dureté du toucher des claviers que le fameux système breveté par A. Zeiger n’avait pas suffit à vaincre.

En 1960, le facteur parisien Gonzalez obtient le marché de restauration sans aucune mise en concurrence. La transmission des claviers est électrifiée,  les bouches des tuyaux sont systématiquement baissées, de nouveaux pleins-jeux dont l’acuité est insupportable remplacent ceux de Zeiger… le tout dans le plus pur esprit néo-classique.

En 1988, l’orgue est classé Monument Historique. En 2001, la Commission Supérieure des orgues se décide pour une reconstruction complète de l’instrument devenu inutilisable. Elle se prononce favorablement sur un programme de travaux établi par M. Eric Brottier, Technicien Conseil.

Les travaux réalisés par l’atelier de facture d’orgues Pascal Quoirin comprennent la réfection complète des façades et de la charpente intérieure, la restauration du matériel Zeiger, la réfection de toutes les souffleries et la reconstitution de la transmission des claviers. La tuyauterie sera scrupuleusement restaurée et rallongée au ton d’origine (la 435). Le système démultiplicateur breveté par Zeiger est reconstitué, cependant, une machine Barker assiste éventuellement et avantageusement la traction des notes et des accouplements.

L’orgue de la Cathédrale de Chambéry est un orgue romantique et non pas symphonique. Le timbre est clair et vif. L’élocution de chaque tuyau est encore empreinte de toute la distinction propre à l’orgue classique français. Cela veut dire aussi que les registrations se réalisent d’une manière plutôt apparentée au style classique. L’une des raisons en est simple : tout comme dans l’orgue classique, les sommiers de Zeiger ne peuvent alimenter la totalité des jeux qu’ils contiennent. La progression du crescendo jusqu’au tutti par exemple, ne se fera donc pas de la même façon que sur un orgue de   Cavaillé-Coll, sous peine de remettre en cause les équilibres et la justesse de l’instrument.

Une grande partie du répertoire est cependant abordable dans d’excellentes conditions musicales tant les timbres de jeux sont variés et colorés. Certains jeux sont très caractérisés, comme les flûtes intégralement en bois, les gambes en étain avec transitoire imitant le coup d’archet, les jeux d’anches comme le hautbois, fin et délicat. Les grandes entités sonores de l’orgue (fond d’orgue, plein jeu, grand-choeur …) y sonnent avec plénitude et majesté.

Il compte aujourd’hui parmi les plus beaux et importants de la région Rhône-Alpes.